samedi 1 mars 2014

Femme de musicien


Je ne sais pas si je te l'ai dit, mais je suis femme de musicien. Ça sonne un peu "la groupie du pianiste" dit comme ça mais que nenni, je te rassure : dieu que je n'ai pas l'air triste (un peu dépressive sur les bords, mais pas triste) et non, je ne suis pas amoureuse d'un égoïste (oui, elle était facile, celle-là). Je dirais même plutôt que je suis amoureuse d'un gars en or (je ne suis pas mariée à Jean-Jacques Goldman, non plus, non), le genre qui fait que je suis une sale et vile veinarde parce que des crèmes comme lui, y en a pas à tous les coins de rue. Amoureux tendre, ami infaillible, mon complice, mon compagnon d('in)fortune, mon épaule, mes bras, ma force, mon coeur. (Tu verses ta larme, avoues.) Et ce joli duo-là, il dure depuis bientôt douze ans (et deux bébés).

Oui, mais – y a toujours un "oui, mais" dans toutes les comédies romantiques, sinon ce serait pas drôle – oui mais voilà : je suis femme de musicien. G. est guitariste dans un, non deux... non, attends, laisse-moi recompter... : trois groupes. Laisse-moi t'expliquer ce que ça implique, femme de musicien (en dehors du fait d'avoir un homme adorable à ses côtés vu qu'il s'épanouit à fond dans sa passion).

G. joue dans trois groupes, donc ; en amateur, certes, mais ils prennent ça avec suffisamment de sérieux pour s'y investir pleinement. Concrètement :

– Un musicien, ça répète. Tu sais, un peu comme Nico et Crici et José et je sais plus qui dans leur garage de chez AB Productions, l'air neuneu et la musique naze en moins. Ils disent "1, 2... 1, 2, 3, 4 !" et pouf, ils jouent des trucs chouettes (d'où la différence avec Nico et ses potos) – tu noteras au passage que le musicien ne sait pas très bien compter, quand même (même ma fille sait compter jusqu'à 4).
Total = 1 à 2 soirs par semaine. Je me plains pas trop, l'homme a la gentillesse de ne partir qu'à 19 h 45, quand les filles sont baignées/repues et qu'il n'y a quasi plus qu'à les coucher.

– Un musicien, ça s'y connaît en musique (de par le fait). Alors ça rend des services (la sono du mariage de truc, un solo à l'anniversaire de bidule), et comme le musicien a généralement pas mal de copains musiciens, ça fait pas mal de sonos et de solos à droite à gauche. Le mien en plus, il fait les sonos des spectacles de fin d'année de toutes les écoles primaires du coin ; autant te dire qu'entre les répètes des mouflets et les spectacles en eux-même (compte à chaque fois une journée de mise en place), ça l'occupe un brin.
Total = 7 à 10 journées par an, de février à septembre. Tu me diras : ça va, sur 365 jours, y a de la marge encore. OK, mais je me plains si je veux, d'abord.

– Un musicien, surtout, ça joue, de préférence devant des gens (on appelle ça communément "un public"), de préférence dans un Zénith ou, à défaut, dans un bar ou un camping du coin. Et c'est là que le bât blesse (le bât, parfaitement, oui). D'une, parce que sache-le (attention, je vais te révéler les arcanes du showbiz, jeune padawan), le musicien ne se pointe pas 5 mn avant le show la bouche en coeur et la guitare à l'épaule (et il ne repart pas non plus 5 mn après la fin dans une limousine avec chauffeur). (Enfin, en tout cas, le musicien de province ne fait pas ça, lui.) Le mien, il :

1/charge son matos dans son monospace Citroën (après avoir enlevé les deux siège-auto des mouflettes) ;
2/ rejoint ses potes musiciens pour charger le reste du matos dans le reste de place de son monospace Citroën ;
3/ installe son matos tout seul comme un grand parce que de toute façon y a personne d'autre et que le technicien/l'ingé son/le roadie/le commis aux cafés, c'est lui ;
4/ fait ses balances (comprendre = commence déjà à faire mumuse avec ses copains et sa guitare alors que c'est même pas encore l'heure du concert) – le musicien a le médiator qui le démange ;
5/ mange. Et boit aussi. Un bon concert commence par une bonne boustifaille entre potos ;
6/ joue de la musique (ah ben c'est pas trop tôt). Entrecoupée de quelques entractes bières (point trop n'en faut). Jusqu'à pas d'heure (approximativement entre minuit et 6 heures du matin) ;
7/ prends un repose bien mérité après avoir perdu dix litres de bière de flotte sur scène (comprendre = il reprendra bien une petite bière pour fêter ça) ;
8/ recharge tout dans son monospace (Citroën, si t'as bien suivi), et rentre enfin retrouver sa chère et tendre (qui roupille comme un monospace).

En gros, ça nous fait une belle tranche horaire 14 h-2 heures du mat'.

Ça, c'était le "d'une".
Parce que le "de deux", c'est le total, mes amis (t'es accroché à ta chaise ? parce que moi non) : une bonne trentaine de concerts. Par an, certes (ça te paraît ridiculement peu, je sais) ; mais condensés sur la saison printemps-été, à raison parfois de deux à trois jours de suite. Surtout en juin-juillet-août à vrai dire (forcément).

Parce que la femme du musicien, figure-toi que pendant ce temps, elle, elle fait du baby-sitting (si elle a des enfants bien sûr, ou des chats).

J'aime mes choupinettes, mais je ne suis pas ce genre de maman qui raffole de passer tout son temps libre (tout son temps, à vrai dire) à ne faire que changer des couches, jouer aux cubes et passer 58 minutes à refaire la même grimace ou cabriole – tout en gérant la maison (Wonder Woman). Et enchaîner sur mes minettes jusqu'à 21 heures passées après une journée de taf dans les pattes, ça m'épuise un brin.

J'aime mon type, j'aime qu'il ait sa passion, je le laisserai toujours s'épanouir dans sa musique, à plus forte raison parce qu'il n'en abuse jamais, qu'il veille à ne pas enchaîner trop de concerts, à limite les répétitions l'été, et qu'il n'est jamais rentré beurré, jamais jamais. Et parce qu'il est le premier, en contrepartie, à me pousser à sortir le reste du temps pour en profiter moi aussi.

Mais quand le redoux s'annonce... quand le printemps se pointe timidement... quand le soleil devient plus chaud, qu'on remet doucement le nez dehors... moi, je sais que cela annonce plus que ça.

Ça annonce la saison musicale – et femme de musicien (ou de tout ce que tu veux qui est chronophage) avec mes deux bébés (d'amour) sur les bras, crois-moi, c'est pas une synécure !

(Vivement c't'automne...)
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2 commentaires:

  1. Salut salut
    ça faisait un moment que je n'étais pas venue te lire puisque tu étais partie...
    je reviens aujourd'hui et ça fait plaisir de voir que tu es revenue, même si tu as traversé et traverse encore des choses pas toujours faciles à gérer.
    Donc juste un petit mot pour te dire "Welcome back" et aussi pour te dire que c'est un peu fou, parce que:
    - moi aussi j'ai 2 filles, moi aussi rapprochées (10 mois / 27 mois)
    - moi aussi mon mec est musicien et il s'appelle G. !
    - j'ai à peu prêt le même vécu que toi concernant les répèt / les concerts et le babysitting pendant ce temps là
    - moi non plus "c'est pas mon truc" les bébés (c'est le titre du premier post que j'ai lu de toi, 15 jours avant de donner naissance à ma deuz', et je me suis vachement reconnue, j'ai même commenté) et les mots que tu mets sur la difficulté des premières semaines, sur l'horreur absolue que ça peut-être, ce p**** de congé maternité, ça pourrait être les miens (mais en mieux :-)
    -ah oui, et moi aussi "hyperphage " ça me correspond pas mal comme adjectif.
    Bref, contenet que tu sois de retour, me sens moins seule !!

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    1. AH !! je me sens moins seule d'un coup, là ; salut, collègue ;) Il tourne à combien de concerts par an, le tien ? Et les répètes ?
      Je blogue très peu depuis que la dernière est née, par manque de temps et d'énergie (tiens donc, qui l'eût cru ?) ; mais si tu es sur Facebook, tu peux me donner ton nom par mail (littlesweety2709 arobase gmail.com) et je t'ajouterai, on pourra se soutenir mutuellement PARCE QUE JE SAIS PAS TOI, mais moi, je jubile moyen à l'approche de la saison des concerts.............. Et puis on pourra échanger sur nos x mille points communs aussi ;) Des bises !

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